Un "Misanthrope" Résolument Moderne
La nouvelle création du Théâtre de la Ville transpose la cour de Célimène dans le monde impitoyable de l'influence parisienne. Un pari risqué, mais gagné.
Comment faire entendre Molière aujourd'hui sans tomber dans la naphtaline ou le dépoussiérage gratuit ? La question hante les metteurs en scène depuis un demi-siècle. Avec sa version du Misanthrope, Julie Deliquet apporte une réponse cinglante.
Des Salons aux Stories
Le rideau se lève non pas sur un salon du XVIIe siècle, mais sur un immense open-space hybride, mi-agence de communication, mi-loft événementiel. Célimène (géniale Adèle Exarchopoulos) n'est plus une veuve courtisée de la noblesse, mais une créatrice de contenu aux millions d'abonnés. Autour d'elle gravite une cour de "petits marquis" devenus attachés de presse et influenceurs concurrents.
"L'hypocrisie de la cour de Louis XIV trouve son reflet parfait dans les fausses amitiés des réseaux sociaux."
Alceste, en pull col roulé sombre, observe ce petit monde avec un dégoût fasciné. Son intransigeance morale, son exigence de "sincérité" totale, prend une résonance particulière à l'heure où chaque interaction est calculée pour générer de l'engagement.
Une Langue Intacte
La force du spectacle réside dans le contraste entre cette ultra-modernité visuelle (les téléphones omniprésents, les notifications qui rythment les scènes) et le respect absolu du texte en alexandrins. La langue de Molière claque comme un fouet. Les acteurs ne la déclament pas ; ils la crachent, la tweetent, la murmurent.
Verdict de la rédaction
Une modernisation brillante qui prouve que les travers humains épinglés par Molière n'ont pas pris une ride.
Lieu : Théâtre de la Ville - Sarah Bernhardt
Dates : Jusqu'au 30 Juin 2024